Que les printemps soient bruyants
Mélange de grès et de porcelaine, bois calciné
H. 63 × L. 47 × P. 5 cm chacun, 2026.
À contrario du phénomène d’assèchement des sols vue à travers Burning Flower, il existe des alliances avec le vivant, mises en place depuis des générations, qui préservent les écosystèmes et permettent à l’humain de cultiver sans dégrader. Je vous parle ici du paysage caractéristique de la Manche : le bocage. La Manche est le département le plus bocager de France, et cela a un impact incroyablement positif sur les écosystèmes. Venant de la région Centre-Val de Loire, je ne peux vous décrire à quel point les paysages chez nous ont brûlé. Fin août, tout était jaune, plus rien ne poussait, tout avait perdu vie. En arrivant en résidence ici, j’ai été agréablement surpris de voir que, bien que les canicules aient également dégradé les paysages, le vivant était toujours là.
L’un des principaux acteurs de cette préservation du vivant, c’est la haie. Véritable corridor écologique permettant aux espèces de circuler et de s’abriter, la haie offre également une force de lutte face aux extrêmes climatiques. En absorbant plus efficacement l’eau et en retenant la terre sur les terrains, la haie permet de lutter efficacement contre l’érosion des sols. Elle protège également les cultures et le bétail des vents, et crée un véritable microclimat pour les cultures adjacentes.
Cette pièce, intitulée Que les printemps soient bruyants, représente ainsi trois types de haies. En premier lieu, la haie de trognes (au centre), composée d’arbres têtards donnant accès à du bois de chauffage local et permettant la fabrication de fourrage d’appoint pour le bétail et de liens d’osier. Les arbres têtards offrent également refuge à nombre d’oiseaux cavernicoles, aux insectes saproxyliques et aux chauves-souris. Faute d’entretien et en raison de la disparition de la nécessité paysanne d’étêter les arbres, ce type de haie disparaît peu à peu du paysage.
Deuxièmement, la haie bocagère pluristrate ou sur talus (à droite). Composées d’une strate arborée, d’une strate arbustive et d’une strate herbacée a minima, ce sont, à ce jour, les haies les plus représentées dans le bocage manchois.
Enfin, la haie de Benjes, haie sèche ou haie morte (à gauche), est encore peu répandue sur le territoire. Conçue par l’écologue allemand Hermann Benjes, cette technique consiste à empiler linéairement du bois mort entre deux rangées de piquets. Servant de perchoir pour les oiseaux, mais également de corridor pour les petits mammifères et autres insectes, cette structure va ainsi créer, grâce aux déjections animales et à la formation d’un humus fertile, des conditions favorables à l’installation spontanée d’une haie vive naturelle composée d’essences locales. La haie devient alors un véritable outil de régénération des sols et des milieux.





