La danse des vaches

Laine – naturelle et recyclée – feutrée, ficelle agricole, acier, foin,
H. 55 × L. 350 × P. 300, 2026.

Cette pièce fait écho au joyeux phénomène qui se produit lorsque les vaches retrouvent leurs prairies au printemps, après un hiver passé dans les étables. Les sauts et cabrioles forment alors cette dite « danse des vaches ». Un deuxième sens se cache cependant sous ce titre. Habitantes remarquables des paysages normands, nos amies bovines jouent un rôle tout aussi important dans le développement et la conservation des prairies. Et c’est notamment grâce au pâturage tournant dynamique, cette deuxième « danse des vaches » qui imite le comportement des grands troupeaux herbivores sauvages, qu’elles remplissent leur rôle à merveille. En ne broutant que quelques dizaines d’heures sur une même parcelle, celles-ci piétinent intensément le sol sur un temps très court, ce qui stimule grandement les plantes. Les herbes développent des systèmes racinaires importants et vont ainsi contribuer à stocker du carbone dans le sol. Ce stockage participe à améliorer le bilan climatique global du système d’élevage. Les déjections sont également réparties uniformément et non plus sous un seul et même arbre, dans une seule et même parcelle. Cela va contribuer à stimuler la vie microbienne du sol et peut ainsi réduire les besoins en engrais chimiques. La présence constante et tournante de ces déjections attire également insectes et invertébrés, qui attirent à leur tour oiseaux et petits mammifères.

Enfin, non compactées et riches en matières organiques, ces prairies ont alors une meilleure capacité de rétention d’eau et redémarrent beaucoup plus vite après un épisode de sécheresse.

Les prairies de pâturage, couplées aux prairies fauchées et aux haies bocagères, forment toutes ensemble des éléments clés du bocage et participent à une résilience accrue des milieux. Dans un monde où les extrêmes climatiques sont de plus en plus fréquents et violents, ces alliances avec le vivant sont essentielles afin de permettre une habitabilité pérenne de nos territoires. Elles nous rappellent également que la résilience ne repose pas nécessairement sur la maîtrise ou la transformation permanente des milieux, mais peut aussi naître de notre capacité à observer, à comprendre et à accompagner les dynamiques du vivant. Le bocage devient alors bien plus qu’un paysage : il est le résultat d’une relation ancienne entre les êtres humains, les animaux, les plantes, les sols et l’eau. Une relation qu’il nous appartient aujourd’hui de préserver, mais aussi de réinventer face aux bouleversements qui viennent.