SCALDIS
Dans le cadre du dispositif ARCHIPEL, porté par le Frac Grand Large, en partenariat avec le CAPV de Lille et l’école d’arts plastiques de Denain.
L’exposition se partage en deux volets, à Denain et à Lille.
1/ Centre des arts plastiques et visuels de la Ville de Lille · 15 septembre au 18 octobre 2025
2/ L’École d’arts plastiques espace Villar(t)s de Denain · 8 novembre au 6 décembre 2025
« Lorsqu’on lance la recherche sur la cartographie en ligne du SIRF (Système d’Information Régional sur la Faune) pour connaitre le nombre de castors observés ces derniers mois dans la région du Nord et du Pas-de-Calais, plusieurs points de localisation s’affichent. Étant une espèce discrète, le plus souvent, ces observations concernent davantage les traces inscrites dans le paysage que sa présence physique. Parmi elles, on trouve notamment des branches coupées en sifflet ; des troncs taillés en crayon, parfois rongés jusqu’à faire plier les arbres dans l’eau pour mieux l’écorcer sans risque de prédateurs ; des terriers soigneusement agencés qui se distinguent au milieu de la végétation des berges… Ce sont tous ces indices à avoir guidé et accompagné Josselyn David au long de sa résidence artistique sur ce territoire sillonné par l’Escaut. Des indices qui ont façonné son regard et nourri la mise en forme de nouvelles œuvres réalisées à l’issue de son séjour.
Pourtant, l’artiste était arrivé avec l’intention initiale de développer un nouvel aspect de sa recherche autour de l’eau, qu’il souhaitait orienter sur les canalisations du bassin et leur fort taux de pollution. Une recherche initiée dès 2022 dans la continuité des questionnements que lui avait provoqués la pandémie : comment notre santé est elle interdépendante de celle des écosystèmes et des autres espèces ? Comment la domination humaine vis-à-vis de son environnement a-t-elle façonné l’anthropisation du vivant ?
Or, l’Escaut et ses affluents, du fait de leurs aménagements dus à une exploitation industrielle et agricole intensive, s’affirmaient comme le fil rouge à suivre pour creuser ces sujets. Mais une fois arrivé sur place, d’abord à Lille puis à Denain, Josselyn part sans tarder sur le terrain armé de son appareil photo et de son carnet, tantôt seul, tantôt en se greffant à des visites guidées des parcs et des canaux environnants. Il y découvre qu’en dépit de la pollution, le castor y a fait son retour depuis 2019 en remontant le fleuve depuis la Belgique. C’est alors que se dessinent les lignes d’une nouvelle recherche consacrée plus spécifiquement à cet animal quasi disparu de nos rivières au début du 20e siècle et qui, aujourd’hui, fait une progressive réapparition suite à une politique environnementale ciblée.
En effet, le rongeur a été le premier mammifère à bénéficier de mesures de protection dès 1909, puis à être réintroduit en France à partir du milieu des années 1970, ce qui a permis de constater depuis lors un accroissement significatif de sa population, actuellement estimée entre 1000 et 5000 spécimens. Mais son retour pose de nouveaux défis à la fois écologiques et sociaux : s’il est un acteur reconnu comme indispensable à la biodiversité – grâce à ses barrages capables de créer de nouvelles zones humides où la faune et la flore peuvent prospérer tout en limitant les risques d’inondations pour l’être humain -, il peut aussi s’avérer un redoutable ravageur de récoltes pour les sylviculteur·rices et les agriculetur·rices.
Néanmoins, l’efficacité de son impact sur la diversification des milieux amène les associations et l’Office français de la biodiversité à chercher « Comment favoriser une forme d’alliance entre les sociétés humaines et les castors ». Car le constat est sans appel : nos sols sont à l’agonie. « Nous avons transformé les rivières immémoriales, qui couraient à fleur de terre en méandres et en tresses, en canaux de drainage mono chenalisés, incisés, rectilignes, déconnectés de la terre, voués à favoriser la plus grande efficacité dans l’acheminement de l’eau loin des terres, vers la mer » explique le philosophe Baptiste Morizot dans son dernier essai Rendre l’eau à la terre (2024). Or, le castor, ingénieur écosystémique par excellence, en transformant et en aménageant les berges pour retenir l’eau vient rétablir l’aspect originellement sinueux des rivières et restaurer ainsi leur rôle nourricier.
[…]
D’une part, la découverte de cette « insubstituabilité du castor » à hydrater et vivifier nos milieux, et d’autre part, l’intériorisation des paysages paradoxaux à l’œuvre sur le territoire du Nord-Pas-de-Calais ont agi comme un choc à la fois poétique et écologique pour cet artiste sensible aux forces du vivant. Ces éléments ont ainsi fondé les lignes directrices de ce tout récent corpus d’œuvres qui souhaite participer au façonnage de nouveaux imaginaires. Il s’agit de s’ouvrir non seulement à l’idée d’alliances interespèces inédites mais surtout de les établir hors de nos réflexes technosolutionnistes (telles que les mégabassines). Un glissement conceptuel et perceptif que l’art, à travers les formes et la matière, peut en partie nous aider à entreprendre. »










