Dissidents de salon : lieu commun

Svetlana Alexievitch décrit, dans La Fin de l’homme rouge, un acte de résistance quotidien sous le terme de dissidents de cuisine. Par la réappropriation de cet espace au cœur de leur foyer, ils et elles inventent un lieu d’échanges et de discussions à contre-pied du réseau culturel et politique de l’époque, un lieu pour abriter leur pensée.
Aujourd’hui, le contexte politique n’est plus du tout le même, les mots et les paroles se diffusent plus librement et il nous est permis de sortir de la cuisine. En se déplaçant vers le salon, Bruit Contemporain tente de mettre autour de la table des acteurs culturels venus de toute la région pour reproduire ce pas de côté. Institutions, artistes, collectifs, associations, musiciens, tous sont conviés à entrer en dissidence, à s’échanger sous le manteau quelques minutes en commun.
Étalés sur six week-ends dans les ateliers de la Morinerie, Dissidents de salon reprend la cuisine comme atelier et le salon comme assemblée, à la fois lieu d’exposition et de conférence, de création et de rencontre, ces moments permettront à celles et ceux qui travaillent pour la culture de trouver un point de chute convivial.


Thomas Héron


Voici un petit retour sur tous les épisodes de ce projet qui nous a tenu en haleine pendant un mois.

Samedi 2 avril – Vernissage – Maxime Aubert – Reverse Tape –
OPAC – Common Insight – TPA

Un vernissage haut en couleur, où nous avons accueilli pas loin de 120 personnes tout au long de la soirée. Au programme ce soir-là, une performance de danse contemporaine de Maxime Aubert, une présentation du label Reverse Tapes et trois concerts de groupes 100 % tourangeaux, OPAC, Common Insight et Tendance Parks Avenue.

Vendredi 8 avril – Ecopia – Body politic – Jeanne et les autres
À 17h, Aline et Emmanuelle ont bravé la tempête pour nous parler d’Écopia et de ses dispositifs d’accompagnement individuels et collectifs. C’est ensuite au rythme d’une techno sombre et de textes engagés, que l’artiste performeuse Bea.M, militante, féministe nous remet les idées en place. Sa performance Body politic, nous dresse le portrait de décennies de manifestations féministes : des slogans forts, parfois cinglants, dénonçant l’inaction face à un patriarcat persistant, sont inscrits au marqueur noir sur des tee-shirts qu’elle retire les uns après les autres. Usant du stéréotype de la femme au foyer, qui se déshabille et étend le linge, elle nous amène à enfiler ces slogans et à s’approprier cette lutte. Pour finir en beauté, nous avons eu la chance d’accueillir le jeune groupe tourangeau « Jane et les autres » qui nous a bien fait taper du pied sur des grooves reggae-hip-hop et R&B. C’est sur son EP Lessons qu’ils nous ont fait une belle démonstration de leurs talents de musiciens et de performeurs

Vendredi 15 avril – Devenir Art
Carmen Blin et Chloé Lorent sont venues échanger avec nous durant près de 2h30 autour du réseau Devenir Art, qui offre une aide indispensable à tous les artistes de la région. Elles offrent un dispositif d’aide et d’accompagnement, des possibilités de formation et des rencontres entres les acteurs artistiques régionaux.


Vendredi 22 avril- Mode d’Emploi – Revue Laura – Le Plessis – Cie
Diotima

Ce jour-ci, une trentaine de personnes sont venues assister aux rencontres au sein de l’atelier. À cette occasion, Loïc Volat est venu nous parler des différents dispositifs de Mode d’Emploi. Sammy Engramer et Jérôme Diacre nous ont ensuite présenté la Revue Laura, avant que l’équipe du Plessis, commun culturel et humaniste, représentée par Agathe Lorriot, Chloé Colomina, José Manuel Cano Lopez et Matilde Thomas, échange avec nous sur l’histoire et le nouveau projet du Plessis.
Pour terminer cette journée, José Manuel Cano Lopez, de la Cie Diotima (anciennement Cie J.M. Cano Lopez) a effectué une mise en voix autour de quelques extraits de Federico Garcia Lorca.

Vendredi 29 avril – L’ATsenal – Precious Kitchen – Collectif Par
Chemin

Des ambitions et des actions, ce qui a ramené le soleil dans l’atelier, et c’est avec bonne humeur que Lucile Hitier est venu échanger avec le public autour du Centre d’Art l’ArTsenal aux Ateliers de la Morinerie. Elle nous a éclairés sur la diversité des propositions du centre d’art : la formation, le soutien à la production d’œuvres, l’accueil d’artistes en résidence, des expositions, des éditions ainsi que de nombreux ateliers organisés pour tous public.
Après un petit verre de jus de pomme, nous avons écouté la folle histoire de Rebecca et Elodie. Les deux fondatrices du bureau de design matières Hors-Studio ont décidé de se lancer dans l’aventure Precious Kitchen. Cette association, située (pour l’instant) en haut de la rue nationale, a pour but de récupérer les chutes – déchets industriels auprès d’entreprises pour les rendre accessibles à tout type de public : artistes professionnels, autodidactes, bricoleurs du dimanche, tout le monde peut se procurer ces matériaux : de la fine verrerie de chimie jusqu’à la sciure de bois en passant par les coquilles de moules, il y en a pour tous les goûts. Trêve de plaisanterie, Precious kitchen, c’est surtout la première plate-forme open source dédiée à la valorisation de ressources locales, une initiative avant-gardiste permettant de nombreuses collaborations, qui ont pour objectif commun : un
quotidien écologique et responsable.
Enfin, le jeune collectif Par chemin, est venu prendre la parole. C’est autour de leur fanzine que nous avons échangé. Cette première édition vise à présenter le collectif et à ébaucher une première exploration de ce médium pour présenter le travail artistique et les recherches des membres du collectif. Ce jeune collectif d’artistes plasticiens créé en décembre 2021 a pour but de promouvoir l’art autour de lui en organisant des expositions, des rencontres culturelles et artistiques et par la création d’une série de Fanzine.

Samedi 7 mai – Finissage – Léa Carlosema – Mossaï Mossaï
Vous étiez encore très nombreux à venir nous rencontrer, une toute dernière fois. Cette dernière soirée était pour nous l’occasion d’échanger un dernier instant et de remercier l’ensemble des personnes ayant participé, de près ou de loin, à l’aventure Dissidents de salon. Nous avons également eu la chance d’accueillir Léa Carlosema au travers de deux performances flamenco dans l’espace d’exposition, apportant ainsi un beau dialogue entre le corps et les œuvres. Enfin, pour clôturer définitivement Dissidents de salon, ce sont les Mossaï Mossaï qui sont venus nous envoûter avec leur rock psycho-poétique. Un finissage qui, comme l’ensemble de cette exposition, a largement dépassé nos espérances.